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La nouvelle génération politique a échoué ? Quelle nouvelle génération ?
By Jean-Yves Huwart | décembre 26, 2008
Wiii… On n’avait plus entendu l’onomatopée stridente dans le périmètre de la zone neutre depuis presque vingt ans. Et revoici Wilfried Martens. 
Il n’a pas l’air en méforme. Les lunetttes sont plus fines. L’allure encore svelte, malgré 72 printemps accomplis. Ne parlons de la vitalité sexuelle de l’ancien premier ministre, adoubeur de la Belgique fédérale, sparing partner de Mobutu Sese Seko, compagnon de Thatcher, Mitterrand et Kohl lors des sommets européens. Mais quelle mouche a piqué Laeken de rappeller cette pièce maîtresse du musée de la politique belge pour dénouer le capharnaüm de décembre 2008 ?
« La génération politique actuelle est incapable de trouver une solution », entend-on aujourd’hui. En fait, c’est même plus grave. De nouvelle génération politique, il n’y a en a , en fait, pas…
Prenons le Palais. Des septuagénaires. Certes, plutôt sympathiques. Compétents, n’en doutons pas. Néanmoins, difficile de s’attendre à des solutions neuves de la part de serviteurs de l’Etat formé à l’école de la crise de Louvain et du Pacte d’Egmont. Lorsque le danger approche, les réflexes primitifs jouent, la recherche du sentiment de sécurité. Dans la politique belge des années 70-80, Wilfried Martens incarnait ce sentiment. Maman est là… 
De même, peu de renouvellement générationnel au niveau de l’establishment belge des affaires. Etienne Davignon peut vous en parler. A 76 ans, il a fallu un Nagasaki financier pour pousser l’homme à la (encore très embryonnaire) retraite.
La relève au niveau du vivier politique demeure, quant à elle, évanescente. Depuis plus de dix ans, les partis politiques, quasi sans exception, nous servent la démocratie héréditaire des « fils de ». Parallèlement, on désespère d’un véritable renouveau. Certains ministres du gouvernement fédéral sont ministres depuis plus de quinze ans. Une portion non négligeable de nos mandataires n’ont pas décollé de leur fauteuil de parlementaire depuis des décennies. Les plus jeunes, à trente ans, entretiennent la culture et l’ « éthique » politique racornie de leurs aînés. Les plus enthousiastes sont rapidement mis au pas de l’agenda particratique. Seules finalement quelques individualités gadgets, parachutées d’on ne sait où, parviennent au devant de la scène pour apporter un peu de fraîcheur au paysage figé. Avec plus ou moins de fortune.
Non, la nouvelle génération politique belge n’a pas échoué. Elle n’existe pas.
Topics: Non classé | 14 Comments »

décembre 26th, 2008 at 12:33
Excellent.
J’ai reçu hier le dernier opus d’Emmanuel Todd : Après la Démocratie que je vais certainement dévorer dans les jours qui viennent.
Sans doute quelques pistes de réflexion sur le vide politique actuel ou plutôt une génération « narcissique » intéressée exclusivement par la position et les avantages de leur parti avant un sens de la communauté ou de l’état.
décembre 26th, 2008 at 12:52
Todd est l’un des essayistes les plus brillants et les plus articulés de sa génération. J’avais gobé d’un trait son « Après l’Empire » voici quelques années. En outre, gageure pour un intellectuel français, il est assez lu aux Etats-Unis. Je suis par contre en désaccord avec ses conclusions sur la nécessité de revenir à une forme de protectionnisme dur… C’est ce qu’ils ont fait après le krach de 1929. Cela a dégradé la situation économique plus encore.
décembre 26th, 2008 at 17:21
Superbe réflexion !
Je vous ai mis en lien sur mon blog.
décembre 26th, 2008 at 17:56
Et Claude Thayse a bien fait.
Il est temps comme il le dit et le serine dans son blog de penser la Belgïe-que autrement voire même, pourquoi pas, de penser à l’après-Belgïe-que.
décembre 26th, 2008 at 23:24
C’est en effet assez désolant. Et si on regarde dans les pays limitrophes, on n’a pas de quoi être rassuré sur le renouvellement: Aubry (58), Brown (56), Merkel (54)…
décembre 26th, 2008 at 23:52
@Claude Thayse Merci pour le lien.
@Je ne sais pas si c’est l’après Belgique. Mais la Belgique autrement, certainement.
@Karim Majoros D’accord sur Aubry. Un peu aussi sur Brown. Moins sur Merkel. La question n’est pas tellement l’âge naturel, mais plutôt, je pense, l’usure de la fonction, de la culture et des pratiques…
décembre 27th, 2008 at 14:41
En effet, les mandataires de ce pays sont pour beaucoup de vieux routards de la politique et de nombreux cadets semblent formatés par leurs aînés pour fournir le comportement que leurs partis attendent d’eux. Il est par ailleurs intéressant de remarquer que c’est spécialement en période de crise qu’on ressort les plus vieux routards du chapeau (et que l’on refuse aux plus jeunes leur entrée). Et on passe ainsi probablement à côté du souffle de renouveau qui permettrait peut-être de dépasser les positions et les attitudes dans lesquels le passé nous enferme. C’est bien dommage.
décembre 27th, 2008 at 15:09
@Christelle Exact. En période délicate, il serait bien venu d’amener des regards neufs plutôt que se reposer invariablement sur les esprits corrodés par des décennies de pouvoir. Attention, l’expérience et la connaissance de l’Histoire sont précieuses. Mais tout est question d’équilibre…
décembre 27th, 2008 at 16:03
[...] Pour nous résumer, d’une part nous avons une Belgique, petit pays qui s’inscrit, avec peu de moyens, dans un contexte global marqué par une crise financière d’ampleur sans précédent. D’autre part, nous avons un pays clairement hors d’état de fonctionner. La cause première en est très probablement paysage institutionnel tout simplement ingérable, qui suppose un remodelage en profondeur, une véritable tabula rasa des institutions, sous peine d’aller droit au clash et à la scission. Un second facteur, dont il est difficile de déterminer la provenance, complique la situation ; c’est le manque flagrant de charisme des élites politiques actuelles, lesquelles semblent privilégier le calcul, les opportunités stratégiques et les visées personnelles à une quelconque notion de bien commun, de confiance ou d’esprit constructif. On pourrait en effet soutenir que la génération politique actuelle ne forme pas précisément une classe soudée… A vrai dire, qu’il n’existe pas vraiment de génération politique actuelle. [...]
décembre 30th, 2008 at 11:12
Wilfried Martens ? Un jeunot! Un ancien ministre allemand des finances, Theo Waigel, 69 ans, a proposé de créer un conseil des anciens, comptant notamment Helmut Schmidt, 90 ans, et Helmut Kohl, 78 ans. Il propose de créer en Allemagne l’équivalent de la chambre des Lord britannique. « Un tel forum pourrait aider à contrer le désenchatement général à l’égard de la politique » estime Theo Waigel.
décembre 30th, 2008 at 12:33
[...] A noter que Jean-Yves Huwart signe un excellent billet sur la génération politique actuelle [...]
décembre 31st, 2008 at 10:04
[...] pas volée sa démission. Je recommande au passage les lectures du blog de Baudouin et de celui de Jean-Yves pour quelques articles pertinents concernant cette [...]
décembre 31st, 2008 at 10:17
Tres bel article… Et helas d’une triste verite… Povre Belgique…
janvier 7th, 2009 at 21:47
Je ne crois pas que la nouvelle generation a échoué, elle n’a juste pas eu la parole. Dans notre pays de tradition, on vote comme on verse la petite goutte a ceux qui sonnent a la porte, par habitude.
Le probleme belge, c’est le probleme de l’Europe puissance 1000, le conservatisme. On preferera un truc foireux qu’on connait qu’un truc risqué qu’on ne connait pas. On ne s’emballe pas, on ne s’enthousiasme pas, on joue au « on sais ce qu’on a on ne sait pas ce qu’on pourrait avoir ».
Du coup, on garde les memes cons, meme si ils ont merdés sans cesse, finalement qui nous dit que les autres, les jeunes qu’on connait pas, ne merderont pas plus encore.
Voila, la patrie du risque zero, c’est aussi comme cela que le belge est connu dans le monde financier, le risque zero, le belge est aussi celui qui epargne le plus et celui qui prend le moins de risque ; le plus attaché a son compte epargne a 2% du monde entier !!!
Des risques, des risques ? Ca va pas non ?
Alors on aime Martens qui a creusé la dette pour en faire un record du monde, on aime Davignon qui a vendu ou coulé a peu pres tous les bijoux de famille sous notre admiration sans borne et indecrottable, on aime Dehaene parce qu’il va au foot et pour sa grande competence dans les dossiers des annees 90 et des ventes desdits bijoux cités plus hauts, on aime Guy Coeme, on aime Lizin, on aime papa, on aime Reynders et ses 800 millions.